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100 000€, de la sueur et des larmes : mon bilan de l’année 2021

par Jan 6, 2022

On a facilement fait de fantasmer les « gros chiffres » portés haut et fort comme des étendards. Mais derrière tout fantasme, se câche une réalité un peu moins glorieuse.

Dans cet article je partage ma réalité subjective sur mon voyage de l’année 2021 où ma petite entreprise a dépassé la barre symbolique des 6 chiffres.

Je suis assis sur mon canapé, face à l’horizon découvert et ensoleillé de cette vue qui berce mes journées depuis quelques mois.

J’habite dans une maison passive et éco-conçue, avec deux des personnes que j’aime le plus au monde. J’ai une pièce dédiée à mon travail, où je me sens bien et inspiré. Je peux accéder à la forêt à 5 pas de ma porte d’entrée. Je suis heureux.

Nous sommes le 28 Novembre 2021, et cette année, ma petite entreprise à fait 100 000€ de chiffre d’affaires*

*si tu te poses la question de « est-ce qu’il parle en HT (hors taxes) ou TTC ttoutes taxes comprises) ? », ce chiffre est HT.

Il est mieux de parler en HT quand on parle de CA (chiffre d’affaires) puisque c’est l’argent qui “appartient réellement” à ton entreprise (même si cette notion d’appartenance est discutable).

Vue depuis le balcon de ma maison

La vue de la terrasse de la maison dans laquelle j’ai emménagé en Aout 2021 à laquelle je fais référence.

Le fantasme des 6 chiffres

En écrivant ce chiffre, j’ai conscience que de nombreuses personnes qui entreprennent seules en se lançant dans l’aventure de l’indépendance peuvent le fantasmer. Surtout quand je peint autour l’image de mon mode de vie qui me paraît vraiment idyllique. 

100 000€ en une année, c’est effectivement “beaucoup” d’argent en comparaison avec la majorité des personnes qui m’entourent.

Prenons ma mère par exemple. Elle travaille pour la même entreprise depuis 20 ans à mi-temps. À ma connaissance, son salaire n’a pas évolué depuis longtemps, ou alors très peu, son rôle dans l’entreprise non plus d’ailleurs. Elle n’est pas amoureuse de son travail, mais elle ne vit pas un enfer non plus. Pour que ma mère reçoive 100 000€ dans son compte bancaire, cela lui prendrait plus de 4 années de travail pour cette entreprise. 

Mais quand je dis que cette année j’ai “fait” 100 000€, qu’est-ce que ça veut réellement dire ?

Commençons par clarifier que ce que j’entends par là c’est tout d’abord que mon travail a généré cette somme, par le cumul des ventes et des prestations. 

Cela sous-entends que durant cette année 2021 tout cet argent est arrivé sur mon compte bancaire. Mais, je me dois de préciser que beaucoup en est déjà, ou va bientôt, en repartir.

Plutôt que de l’accumulation, c’est donc de la transition financière dont on va parler dans cet article.

Je rentrerai dans le détail de ce que tout cet argent est devenu un peu plus tard dans ce texte, mais le premier chiffre qui donne du contexte à tout ça, c’est que 37% de ces 100 000 (et quelques) euros ont été reversés à l’État d’une manière ou d’une autre. 

(spoiler : j’ai mal optimisé financièrement à ce niveau là, je sais, et on va en parler).

Mais avant de décortiquer les chiffres, mais aussi et surtout la réalité qui se cache derrière cette série de 6 numéros qui porte une symbolique particulière, laissez-moi expliciter depuis où, et pourquoi aussi, j’écris ces lignes publiquement.

Comme je le disais, on peut aisément fantasmer 100 000€, comme toute somme qui peut nous paraître “élevée” à un moment ou un autre de nos vies. Peu importe où on en est, il existe une somme qui nous paraît “élevée”.

Mais comme tout fantasme, on ne voit qu’une facette de la réalité : les avantages.

Dans mon expérience, qui m’est bien évidemment propre et nullement une représentation de la totalité de la réalité, générer 100 000€ comporte aussi son lot d’inconvénients. 

C’est là que l’on peut toucher une de mes premières intentions avec ce texte : sortir du fantasme, et équilibrer nos perceptions sur ce que ça représente de “faire 6 chiffres”.

Je me dois aussi de préciser que j’écris ce texte avec la sensation d’un immense privilège. 

Déjà, je suis un homme cisgenre blanc, ce qui influence mine de rien pas mal de choses dans l’équation du développement de mon business. Je ne vais pas m’étendre là-dessus car ce n’est pas mon sujet d’expertise, mais je suis sensible à ces questions et donc soucieux de le souligner. 

Ensuite, j’ai quand même de belles facilités pour ce jeu de l’entrepreneuriat. Oui, j’utilise le mot “jeu” car c’est comme ça que je le perçois, ce qui n’est malheureusement pas la réalité de toustes.

J’adore ce jeu, j’adore ses règles (avec quelques exceptions évidemment) et je m’épanouis a tenter d’évoluer dans ce cadre. Mais comme quand on déteste le Monopoly, c’est bien plus dur de jouer (et gagner) à un jeu pour lequel on n’a que peu d’affection.

Le dernier point que j’aimerais souligner, c’est que je n’ai pas la sensation de porter un poids de santé physique ou mentale particulier dans le développement de mes projets.

Si vous suivez mon travail, vous savez à quel point j’aime explorer les liens entre ce qu’on étiquette comme notre vie “personnelle” et notre vie “professionnelle”, et également tout ce qui se passe “dans notre tête”.

Les traumas, les blessures émotionnelles, les deuils, les maladies chroniques, les problèmes moteurs, sont autant de choses qui jouent dans la balance de ce qu’on est capable de faire, ou non, dans son activité sur une période donnée. 

J’ai l’incroyable chance de ne souffrir “que” d’une luxation récurrente de l’épaule gauche, et du poids de la mort de mon père quand j’avais 20 ans (comme je le raconte dans cette série d’articles, j’ai déjà énormément travaillé mon rapport à cet évènement).

Je précise toutes ces choses pour être très clair sur le fait que cet article n’est pas un écrit du genre “faites comme moi et tout fonctionnera pareil”. Bien au contraire !

Mon intention avec ce que je partage ici serait plutôt de l’ordre de :

💬 “Voici mon histoire unique et les conneries que j’ai faites, évite de faire les mêmes, mais suit ton propre chemin”.

La dernière de mes intentions en écrivant ce texte, qui est en réalité la même que je nourris depuis 2018 avec mon travail pour les freelances, c’est de documenter mon aventure et partager les leçons que j’apprends sur la route.

Je sais que je vais très certainement oublier une grande partie de ce que j’ai vécu cette année. Écrire mes ressentis, aussi imparfaits soient-ils, à la fin de cette année est ma manière de me créer une capsule temporelle, mais en public (je me raconte que c’est mieux si ça sert à quelqu’un d’autre, plutôt que d’être entouré sous-terre ou dans ma tête).

Tout cela étant dit, j’imagine que vous mourrez quand même d’envie de savoir ce que sont réellement devenus les plus de 100 000€ qui ont gravité par mon compte bancaire cette année 😉

Démarrons le récit de cette aventure fascinante qu’a été 2021 et comment ma petite entreprise a fait 100 000€ de chiffre d’affaires (entre les gouttes de sueur et les larmes).

Du fantasme à la réalité

Comme évoqué en introduction, quand on annonce qu’on a généré “100 000€ de chiffre d’affaires” sans aucun contexte, il est probable que cela génère quelques fantasmes.

Surtout dans nos sphères de freelance, ou ce n’est pas (encore?) la norme de générer autant de résultat financier.

La grande majorité du temps, ce qui naît dans notre imaginaire en rapport avec ce chiffre est bien loin de la réalité des choses.

C’est d’ailleurs la définition même d’un fantasme dans la psychanalyse : Production de l’imaginaire par laquelle le moi cherche à échapper à l’emprise de la réalité.

Mais qu’est-ce que vraiment la “réalité des choses” ?

Sur la notion de “réalité”

Est-ce qu’on peut vraisemblablement dire que ce que je vais relater dans cet article est davantage “la réalité” que ce qui se déroule potentiellement dans votre tête à cet instant précis ?

Où est-ce simplement ma propre perception des choses ? Ce que je vois et perçois par le filtre de mes propres biais cognitifs et comportementaux ?

Les bouddhistes considèrent que chaque fait, évènement ou chose est entièrement neutre. Rien n’est une bonne ou une mauvaise chose en soi. Ce qui donne à quelque chose sa “réalité” c’est simplement notre perception de la chose.

Prenons un exemple de ma vie d’avant : un trajet dans la ligne 5 du métro parisien, la Gare d’Austerlitz et la place de la République.

Pour moi, après 6 ans de vie à Paris, clairement ce trajet n’a rien de plaisant.

J’arrive fatigué d’un voyage en train, j’ai envie de rentrer chez moi, mais je dois passer la dernière épreuve du brouhaha parisien et de toutes les personnes qui sortent boire un coup qui bondent le métro. Sans même parler de l’arrivée place de la République…

Mais pour une personne qui arrive pour la première fois à Paris, et qui prends le métro pour la première fois à la sortie de la gare, ce trajet n’a rien à voir avec le mien.

On commence par traverser la Seine, voir la ville qui s’anime sous nos yeux pendant qu’on vole au-dessus de l’eau et de cet hôtel qui flotte sur la Seine. On découvre les sons, les noms des arrêts, le va-et-vient de la foule…

Cette chose – le trajet de métro dans la ligne 5 – n’a aucune valeur réelle en tant que tel. Sa réalité est totalement neutre.

Ce sont nos perceptions qui définissent notre réalité subjective d’une chose.

Prenons notre sujet du jour pour tester cette idée : 100 000€ de chiffre d’affaires.

Pour certaines personnes, une entreprise qui fait 100 000€ de CA c’est une bonne chose, c’est signe qu’elle contribue, c’est l’occasion de mieux servir ses clients, de créer quelque chose de durable et pertinent, de recruter et créer de l’emploi.

Pour d’autres personnes, faire 100 000€ de CA c’est le début de la fin. C’est signe qu’on a vraiment vendu son âme au diable du capitalisme, et que la corruption est devenue irréversible à tel point qu’on va alimenter le système destructeur dans lequel on est tous et toutes coincés et qui contribue à la mort de notre planète.

Il y a d’ailleurs une partie de moi qui pense ça à propos de moi-même et qui se dit que j’aurais mieux fait de faire de la permaculture qu’un business en ligne.

La “réalité” d’une chose, pour nous, c’est ce qu’on voit par le filtre de nos propres perceptions. Ce n’est ni “bien”, ni “mauvais”, c’est simplement notre manière de voir le monde.

Nos perceptions sont incomplètes

Le truc avec nos perceptions, c’est qu’elles sont très souvent déséquilibrées et incomplètes.

Comme une balance de pesée (les balances à l’ancienne avec les poids qu’on met d’un côté pour peser ce qu’on met de l’autre) où on aurait accumulé trop de poids d’un côté et rien de l’autre.

Il y a une raison pour laquelle une personne va démoniser mes 100 000€, tandis qu’une autre va me jeter des fleurs et en fantasmer pour elle aussi. 

L’une va percevoir beaucoup (beaucoup) d’inconvénients au fait de générer cet argent, l’autre va percevoir beaucoup (beaucoup) d’avantages.

Je précise que je parle du cumul des inconvénients ou des avantages qu’on perçoit pour soi, pour les autres, et pour le monde.

La balance des avantages inconvénients

Si on ne voit que des avantages à une situation, notre balance sera déséquilibrée, et on tombe dans le fantasme.

À l’inverse, si on ne voit que des inconvénients à une situation, notre balance sera déséquilibrée de l’autre côté, et on tombe dans la peur, ou la démonisation, ou la critique.

Reprenons notre example, et testons ça ensemble.

À votre avis, quels sont les avantages au fait de générer 100 000€ de chiffre d’affaires ?

Essayez de les lister pour vous, selon votre réalité et vos perceptions.

De mon côté, je noterai par exemple :

  • La capacité à investir dans de nouvelles formations et expériences de vie (comme une retraite de méditation par exemple),
  • La possibilité de recruter pour développer l’équipe,
  • Pouvoir épargner davantage pour me sentir plus en sécurité financière (j’ai actuellement près de 6000€ de côté au moment où j’écris ces lignes),
  • Je pourrais aussi offrir un soutien financier à mes sœurs pour leurs projets,
  • Faire davantage de dons aux associations qui me tiennent à cœur (notamment pour la cause écologique), …

Ensuite, essayez de lister les inconvénients que vous percevez à générer 100 000€ de chiffres d’affaires.

Encore une fois, appliquez-vous à le faire depuis votre réalité et vos propres perceptions avant de lire mes exemples.

De mon côté, les inconvénients que j’ai ressenti sont par exemple :

  • Une gestion financière qui se complexifie et qui prends plus de temps et d’énergie,
  • Une charge mentale supplémentaire à calculer ce qui est réellement “à moi” et ce que je dois reverser à l’état (URSSAF, TVA, Impots, …) alors que mon compte bancaire est rempli,
  • Les questionnements sur mon statut et la charge administrative qui l’accompagne,
  • La peur du jugement de certaines personnes de mon entourage,
  • Ma part d’ombre qui se manifeste et veut “toujours plus”,
  • Plus de ressources pour consommer encore plus alors que je souhaite vivre un mode de vie plus minimaliste, …

Maintenant regardez vos deux listes.

Est-ce que la balance est équilibrée ? Ou est-ce que vous percevez plus les inconvénients ou les avantages ? 

À mon sens, tant que l’on a pas réellement exploré les deux parties de la balance, en mettant notre attention autant sur les avantages que sur les inconvénients, on ne peut pas réellement mesurer la réalité d’une situation, ni même si elle est vraiment si désirable que ça pour nous. 

On peut très facilement fantasmer quelque chose (voir que les avantages) et ensuite se rendre compte qu’en réalité ça ne nous convient pas du tout (découvrir les inconvénients) alors qu’on a déjà investi tellement de temps pour avoir ce quelque chose. 

Notons également que dans mes exemples je n’ai parlé que des avantages et inconvénients du moment où “ça y est”, l’année est terminée et les 100 000€ ont été générés.

Pour réellement mesurer ce que ce simple chiffre implique il serait intéressant d’aller voir tout ce que ça m’a coûté d’obtenir ce résultat (notamment en termes d’énergie), et les avantages et les inconvénients de ce coût.

On voit souvent dans nos écosystèmes entrepreneuriaux les beaux chiffres portés hauts et forts comme des étendards, mais très rarement la réalité de “comment” ce chiffre est devenu une réalité financière pour la personne.

Dans la suite de cet article, j’ai envie de lever le voile sur cette partie-là de mon expérience.

Écologie personnelle et culte de la vitesse

L’écologie est une valeur importante pour moi. Depuis les dernières années je m’efforce d’harmoniser mon mode de vie et mes actions en ce sens. Une des choses principales que j’entends dans le terme « écologie » c’est une volonté de prendre soin des ressources de la planète. 

J’aime bien rappeler à cet endroit que nous, les humains, faisont aussi partie de la planète. Nous ne sommes pas « à part » des écosystèmes naturels qui nous accueillent. Nous en faisons partie.

Ainsi, quand je comprends « prendre soin des ressources de la planète » ce que j’entends par là c’est aussi « prendre soin de nos ressources ». En d’autres termes, prendre soin de notre écologie personnelle.

Consommer plus de matières premières que la Terre nous offre pour subvenir à nos désirs de « progrès », et travailler de manière acharnée tous les jours en épuisant notre énergie physique et mentale pour atteindre un nouveau palier de CA, n’est-ce pas la même démarche ? 

On détruit les ressources, nos ressources, sans en prendre soin, en courant après un but futur que l’on désire là, maintenant, tout de suite.

 

La course du statut

Je ne sais pas si tu partages mon impression, mais je crois qu’une grande partie de notre culture entrepreneuriale française (y compris les freelances) est influencée par la culture américaine.

Moi le premier, étant anglais de naissance, je me tourne vers les pays anglophones à la recherche d’inspiration et d’apprentissage pour continuer de forger mon chemin et mes réflexions.

Une des notions qui revient régulièrement dans cette culture est celle du “hustle”. Cette sorte d’invitation à toujours “travailler plus dur, plus fort, plus longtemps”.

En France, j’ai l’impression que cela se traduit par l’ode médiatique que l’on fait à ces startups qui lèvent des millions d’euros et l’affichent fièrement dans la presse. 

Je crois qu’on ne réalise pas à quel point cela nous influence dans notre perception de “ce qu’on doit faire” pour que notre aventure entrepreneuriale personnelle soit “réussie”.

Comme si ce culte de la vitesse, de faire toujours plus grand et plus vite, nous pousse toustes de manière inconsciente à rechercher la même chose pour nous.

Je me suis récemment rendu compte qu’une partie de moi était sans cesse à la recherche d’une forme de reconnaissance qui se matérialisait par la phrase “Et t’as fait tout ça à seulement 27 ans ?!”

À chaque fois qu’on me disait ça, je sentais une sorte de vague de fierté me traverser, à laquelle je crois que pendant un moment j’étais accro.

Comme les likes sur nos réseaux sociaux, une partie inconsciente de ma psychologie cherchait à recréer constamment cette observation chez de nouvelles personnes, me poussant ainsi à faire et créer toujours plus.

Cette course effrénée au statut, et à la validation extérieure, ne me semble clairement pas être une approche pérenne de l’entrepreneuriat solo, ni même réellement au service de mes objectifs.

Quand “devenir quelqu’un” ou s’attirer les louanges devient la raison principale pour laquelle on fait les choses, ça ne mène à mon sens rarement où on veut VRAIMENT aller.

À la place, j’ai appris à écouter d’autres signaux pour orienter mes prises de décisions et la direction que je donne à mon activité.

Une de ces choses, c’est mon “ressenti énergétique”.

Écrit comme ça, on pourrait se dire que c’est le facteur le moins rationnel du monde pour prendre une décision, mais je vais expliquer rapidement ce que j’entends par là.

J’adore pratiquer des exercices d’observation de moi-même, que ce soit de l’introspection en mode “coaching et dev perso” ou de la méditation pleine conscience. Je pars régulièrement à la recherche de ce qui se passe en moi face aux situations que je rencontre dans ma vie.

Dans mon travail, j’ai pris l’habitude d’être à l’écoute de mon intériorité à chaque tâche, chaque projet, chaque interaction. À la longue j’observe des schémas qui se répètent et qui ne trompent pas.

Dans cet article, où je raconte comment et pourquoi j’ai arrêté mes missions de freelance branding fin 2020, j’explique que j’observais depuis des mois une baisse notable de mon énergie et de mon envie à chaque fois que je m’installais devant mon ordinateur pour une tâche en lien avec une mission client. À l’inverse, pour toutes les tâches liées à mes projets de pédagogie pour les freelances, mon énergie montait crescendo.

J’étais plus enthousiaste, plus créatif, plus en joie, plus endurant et résilient, … Bref, mon niveau de performance était radicalement différent en fonction des activités que j’exerçais et de l’énergie que je ressentais.

Si j’avais fait cette observation une seule fois, ça aurait pu être une petite fatigue automnale classique. Mais que ça revienne quasi systématiquement, ça ne laisse aucun doute.

C’est donc avec cette décision que j’ai démarré mon année 2021 : 

Me focaliser à 100% sur la pédagogie et l’accompagnement des indépendants pendant une année entière, pour voir si c’est pérenne et si c’est viable financièrement.

Cette décision d’écouter mon “énergie” plutôt que “ce qui me validerait” (même si bien sûr je reste quelque part influencé par cette part inconsciente de moi) a été un pas important pour sortir de l’influence du “toujours plus”. 

Mais forcément, un pas ne suffit pas…

Stratégies, et retour de l’inconscient de la vitesse

Mon objectif pour cette année d’exploration était simple : faire 100 000€ de chiffre d’affaires pour prouver (notamment à moi-même), que cette voie de la pédagogie freelance avait un futur.

On pourrait argumenter que rien que dans la définition de cet objectif, et ce chiffre ambitieux (qui représentait tout de même presque un x2 sur mon chiffre d’affaire de 2020), j’étais quelque part en quête de “plus”. Mais bref, passons…

J’avais déjà construit pleins de ressources en 2020 – une formation en ligne, une communauté sur abonnement, un séminaire marketing – et je conservais l’impact du contenu médiatique que je partageais depuis 2018 entre mon podcast, ma newsletter et mes contenus sur mes réseaux sociaux.

En Janvier 2021, ma stratégie était simple : accélerer sur tout ça pour faire en sorte que plus de personnes goûtent à ce que je propose.

Note 1 : j’emploie le terme stratégie pour faire simple, ce n’est pas vraiment une “stratégie” en tant que telle mais plus une intention de “comment je vais m’y prendre”

Note 2 : marquons que j’ai bien employé le terme “accélérer” en écrivant ces lignes.

Deux axes se discernent dans cette stratégie : 

  • Distribuer mes contenus gratuits à beaucoup plus de personnes pour qu’on découvre mon travail
  • Mieux vendre mes programmes payants aux personnes déjà convaincues par ce que j’apporte

 Je me disais qu’en arrêtant mes missions freelance, j’aurais beaucoup plus de temps, d’espace et de focus pour réussir ces deux choses et en même temps travailler moins qu’avant. 

Logique non ? J’arrête de mener deux activités en parallèle et je me concentre sur une seule.

Dans les faits, c’était pas exactement ça… le prochain paragraphe de ce texte en sera la preuve.

J’y parle de l’approche que j’ai choisie d’explorer pour mieux vendre mes programmes payants.

Pris dans la boucle à lancements

En 2020, j’avais commencé à expérimenter une approche finalement relativement commune dans les milieux infopreneuriaux et webmarketing : les lancements orchestrés.

Pour faire court, l’approche consiste à penser tout un scénario marketing étalé sur un temps relativement court (mes lancements faisaient tous entre 1 semaine et 10 jours) dans l’objectif d’annoncer le lancement (ou la réouverture) d’un programme, de vendre l’accès à ce programme, puis de clôturer les inscriptions pour pouvoir démarrer le travail avec le groupe qui s’est engagé.

Dans mon cas, le scénario que l’on a utilisé ressemblait souvent à quelque chose de cet ordre :

  • Une annonce globale du relancement d’un programme sur mes différents canaux de communication (principalement réseaux sociaux, newsletter et pré-roll du podcast)

  • Une présence quotidienne sur mes réseaux pour souligner différents aspects du programme (en post et en stories)

  • Des lives tous les jours pendant le lancement avec des personnes pertinentes pour promouvoir la pertinence du programme

  • Un évènement pédagogique gratuit environ à mi-chemin de la semaine

  • Des publicités payantes pour promouvoir l’évènement pédagogique

  • Une série d’e-mails pédagogiques pour transmettre et vendre à la suite de l’évènement

  • Une FAQ diffusée sur l’ensemble de mes canaux les derniers jours avant la fermeture des portes

En plus de tous ces éléments qui advenaient pendant le lancement, il y a toute une phase de communication de pré-lancement dont le but est de ramener le sujet traité dans le programme dans l’espace médiatique afin d’engager des conversations avec la communauté freelance en amont.

Puis bien sûr, le plus important : délivrer la meilleure prestation possible aux personnes qui s’engagent dans l’aventure.

Bon, clairement ce n’est pas la meilleure manière de vous transmettre toutes les nuances de ma réflexion marketing et tous les détails de comment j’opère un lancement, sachant en plus que cette liste est loin d’être exhaustive sur les moyens mis en œuvre, mais ce n’est pas mon propos ici. 

Ce que j’essaie de vous matérialiser dans ces quelques lignes, c’est le poids et l’intensité de cette approche quand on la répète, mois après mois, pendant toute une année.

Lancement orchestré

En 2021, j’avais prévu 8 lancements orchestrés. J’en ai finalement fait seulement 6.

Sachant qu’au mois d’Aout j’ai pris des vacances, et au mois de Décembre j’étais au Canada pour enregistrer une saison du podcast, 

Ce qui représente finalement 1 lancement tous les 1,5 mois. Une répétition incessante de cette boucle : pré-lancement, lancement, livraison, pré-lancement, lancement…. avec au fur et à mesure les projets qui se chevauchent et se cumulent.

Alors clairement, ces stratégies ont bien fonctionné pour moi.

Le premier lancement de ma formation Construire ses Offres en début d’année a constitué 22% de mon chiffre d’affaires à lui tout seul. En une année, j’ai pu accueillir dans mes programmes plus de 500 indépendants différents.

Mais le coût en termes de mes ressources (notamment mon énergie et mon espace mental) a été tellement conséquent. 

En cette fin d’année 2021 je me suis retrouvé pris dans un paradoxe où j’avais la sensation d’avoir moins travaillé que l’année précédente (j’ai fait nettement moins de nocturnes et de tâches le week-end), mais d’être TELLEMENT plus fatigué.

C’est le prix que j’ai payé de l’intensité de la boucle à lancements. C’est le prix que j’ai payé pour mes 100 000€ de chiffre d’affaires.

Sous l’influence inconsciente du culte de la vitesse

En faisant le bilan de comment j’avais vécu l’intensité de cette année, je me suis questionné sur les raisons derrière mes choix stratégiques. 

Pourquoi avoir choisi cette approche, plutôt qu’une autre ? Quelles étaients mes motivations ? Mes peurs ? 

J’aime beaucoup cette compréhension de notre psychologie humaine qui nous dit que nous avons deux grandes forces en nous : aller vers le plaisir, et fuir l’inconfort.

Et clairement je pense qu’il y avait des forces dans les deux camps qui ont influencé ma décision de suivre cette approche des lancements à répétition.

La première chose que j’ai observée en moi, c’est de la peur.

La peur de ne pas réussir mon pivot en arrêtant mes missions freelance. J’avais tellement envie de continuer d’œuvrer dans cette voie que je me suis choisie – de transmettre aux indépendants qui m’inspirent par leur courage et leurs histoires de vie – que j’avais peur que tout s’arrête. 

Cette peur a été bénéfique quelque part, car elle m’a poussée à tout donner.

Et tout donner pour Thomas de l’époque, c’était prendre une approche radicale et intense du développement de ce projet en enchaînant les lancements. Ce n’est pas la plus radicale qui existe (j’aurais pu investir des millieurs d’euros dans la publicité facebook par exemple, chose que je n’ai pas faite), mais en termes d’implication énergétique c’était tout de même un sacré engagement.

Mais cette peur m’a aussi fait retomber dans le schéma inconscient de cette recherche de la vitesse.

J’ai eu beaucoup de mal à annuler 2 des 8 lancements prévus. C’était intérieurement un signe de ralentissement dans les objectifs que je m’étais fixé, et presque d’échec, alors que la réalité me montrait que tout allait bien.

Même en ayant conscience de l’influence de cette culture du “toujours plus et toujours plus vite”, même en m’efforçant de déconstruire ça dans mon propre travail, quelque part j’ai quand même été sous l’emprise de cette influence.

Ça a eu ses avantages, comme je l’ai déjà dit, mais je ressors rincé et vidé.

J’ai vécu des moments de panique à plusieurs reprises cette année face au fait d’avoir autant de personnes dont je me sens “responsable” – ce qui est le revers de la médaille de mon envie importante de rester très connecté à chaque être humain que j’accompagne.

Tout est allé vite cette année (même si c’est moins rapide que pour d’autres), et la vitesse ça peut être autant exaltant qu’inconfortable.

J’ai progressé comme jamais auparavant, mais ce n’est pas un rythme pérenne que je peux conserver sur le long terme. Comme si j’avais essayé de courir un marathon à la vitesse d’un sprinteur.

J’avais les yeux rivés sur le court-terme et les résultats à un an, et j’ai oublié mon corps et ma santé mentale dans l’équation du long-terme.

Alors même que je milite auprès de toutes les personnes que j’accompagne pour qu’on accepte que les plus belles choses de notre vie prennent du temps à construire, et que j’en ai vraiment conscience.

Nous sommes toustes soumis à ces influences inconscientes à un moment ou un autre.

Mon expérience de cette année me donne envie de nous inviter toutes et tous à nous questionner sur nos rythmes et notre écologie personnelle ⤵️

  • Le monde extérieur nous pousse à aller toujours plus vite, mais est-ce que c’est vraiment l’approche que j’ai envie d’avoir ? Qu’est-ce que j’ai VRAIMENT envie de vivre dans mon quotidien ? 
  • Est-ce que ce rythme et cette approche que je choisis prennent vraiment soin de moi ? De la vie que je veux vivre ? De mes autres domaines de vie ?

En me lançant dans une stratégie de lancements intensifs répétés, je voyais le bénéfice potentiel (remplir mon objectif de 100 000€ de chiffre d’affaires), mais les inconvénients étaient dans un angle mort.

Quand je demande aux indépendants pourquoi ils se sont lancés, le thème qui revient le plus souvent est celui de la liberté.

Mais comme pour 100 000€, souvent on fantasme ce que ça veut dire la liberté. On ne voit que les avantages.

Je crois que la vraie liberté, c’est quand on choisit aussi les inconvénients, en conscience.

Quels sont les inconvénients que je suis prêt à accepter, pour avoir les avantages que je recherche ? 

Cette question me semble absolument centrale dans la manière dont nous construisons nos activités indépendantes et nos stratégies.

Pour avoir les avantages qu’on recherche (comme cet objectif des 100 000€), quel prix est-ce qu’on est prêt à payer ? Car on paiera toujours un prix.

Cette année, j’ai payé le prix de la fatigue physique et mentale. Par le rythme de ces lancements répétés, mais aussi par la tension financière que ça représente de générer cette somme d’argent.

Je n’ai jamais été proche d’autant d’argent dans ma vie. Mes parents viennent de milieux modestes. Personne ne m’a appris quoi faire avec l’argent quand on commence a en générer beaucoup.

Cette année j’ai découvert qu’au delà de ce prix en termes d’énergie dépensée, la réalité financière de générer 100 000€ est bien loin du fantasme que je m’en faisais…

Fantasme financier, réalité financière

Je vais le dire tout de suite.

100 000€, c’est en réalité pas du tout 100 000€.

Peu importe son statut (on verra que ça joue un rôle clé dans mon histoire), on est loin du compte.

Quand on se lance en freelance, on ne mesure pas réellement ce point, surtout quand on n’a pas d’expérience entrepreneuriale comme c’était le cas pour moi.

Au départ, je traitais les sommes que je recevais du paiement de mes factures presque comme un salaire. Comme si tout était “mon argent”. Mais ce n’est pas le cas.

Une des premières choses à apprendre dans la gestion financière d’une activité freelance c’est de bien séparer les revenus qui viennent de notre activité (notre chiffre d’affaires) de l’argent qu’on utilise au quotidien pour notre vie personnelle. 

D’ailleurs, il est obligatoire d’avoir un compte bancaire séparé de son compte personnel (même si ce n’est pas obligatoirement un compte étiqueté de “professionnel”)

La seconde chose c’est ensuite de bien distinguer notre “Revenu” de notre “Chiffre d’affaires”. Vous devez reverser une partie de votre chiffre d’affaire encaissé à l’État, sous la forme de cotisations sociales et d’impôts (puis de TVA quand vous passerez ce seuil). Ce qu’il reste après, c’est votre revenu. 

Idéalement, séparez ces deux sommes d’argents dans votre gestion de vos comptes bancaires. Un livret d’épargne pour stocker l’argent que vous devez à l’État fait l’affaire pour ça.

À l’époque de mon lancement, et cette année encore d’ailleurs, je sous-estimais l’importance des compétences de gestionnaire pour les flux d’argents dans nos petites entreprises.

Cette année j’ai appris qu’elles devenaient de plus en plus capitales au fil de notre développement.

Pour l’illustrer, je crois qu’il n’y a rien de mieux que de partager la répartition de mes chiffres financiers en fin d’année.

De mes 100 000€ de chiffre d’affaires, la répartition est la suivante :

  • 37% pour l’état (somme des cotisations URSSAF et de l’impôt sur le revenu)
  • 50% de dépenses et charges (j’ai beaucoup investi cette année pour l’entreprise)
  • 24% de salaire pour moi (c’est ce que je verse sur mon compte “perso”)
  • – 11% de profit (oui t’as bien compris, ça veut dire que je finis l’année en déficit)

Si je traduis celà en chiffres (sachant qu’en réalité mon CA total est un tout petit peu au dessus de 100 000€, mais pour simplifier gardons un chiffre rond), cela donne :

  • 100 000€ de chiffre d’affaire
  • 50 000€ de charges
  • 37 000€ pour l’état
  • 24 000€ pour moi 
  • 11 000€ de déficit à renflouer (je ferai un zoom sur ça plus tard)

J’imagine que face à ces chiffres, tu te poses plein de questions, et c’est légitime. 

La première à traiter est sans doute celle de la part de mon chiffre d’affaire qui reviens à l’État. 

Répartition du chiffre d'affaires

Réalité financière des sommes reversées à l’État

J’ai passé mon année sous le statut de la micro-entreprise, qui clairement ne me semble pas du tout avantageux à partir d’un moment. Comme pour les salaires d’un salarié, les revenus d’une micro-entreprise sont imposés sous l’impôt sur le revenu.

Avant d’aller plus loin sur l’impôt sur le revenu, c’est ici que je me dois d’introduire des notions de gestion financière qui sont indispensables pour tout freelance, mais qu’on ne maîtrise pas toujours quand on se lance.

En premier lieu nous avons notre chiffre d’affaires, ce que l’on reçoit de nos clients. 

Ensuite nous avons nos charges, ce que l’on paye pour faire tourner notre activité, et investir.

Et ensuite, issus de ces deux choses, nous avons notre bénéfice qui est égal à : Chiffre d’affaires – Charges.

Si on regarde mes chiffres, on peut donc calculer : 

Chiffre d’affaires = 100 000€

Charges = 50 000€

Bénéfice = 100 000 – 50 000 = 50 000€

Le truc, c’est que pour calculer l’impôt en micro-entreprise l’État ne prend pas en compte nos charges réelles, mais un pourcentage fixe de notre chiffre d’affaires. C’est ce qui nous permet de ne pas avoir à tenir de comptabilité précise et justifier de nos charges auprès de l’état.

Ce pourcentage de charges est fixé à 34%. En gros l’État se dit “en moyenne une micro-entreprise va dépenser 34% de son CA pour faire tourner la boutique”.

Pour calculer notre impot, l’État utilise donc comme base de calcul notre chiffre d’affaires auquel on soustrait ces 34%.

Dans le statut de la micro-entreprise, mon revenu imposable (et donc mon bénéfice pris en compte) est donc de 100 000€ – (34%*100 000) = 66 000€.

Alors que mon bénéfice réel est de 50 000€ (cf notre petit calcul plus haut).

Je suis donc imposé sur 16 000€ (la différence entre mon bénéfice réel et le montant considéré du fait de mon statut de micro-entreprise) que j’ai en réalité ré-investi dans mon entreprise, comme si c’était du bénéfice qui pourrait m’appartenir.

On touche ici la première optimisation que j’ai loupée, et qui mine de rien me « coûte » assez cher…

J’écris coûte entre guillemets, car je suis tout de même conscient que cet argent sera utile pour d’autres choses en étant reversé à l’état : favoriser la réinsertion avec le RSA, offrir à d’autres freelances la sécurité que j’ai reçu à mon lancement grâce au chômage, …

Mais j’avoue que j’aurais aimé éviter mon déficit de 11 000€… 

Comprendre l’imposition pour les micro-entreprises

Voici un petit encart pour celleux qui voudraient un rappel du fonctionnement de l’impot sur le revenu pour les micro-entrepreneurs. J’ajoute aussi les calculs de ce que je dois à l’état pour les cotisations sociales.

Pour rappel, l’imposition sur nos revenus fonctionne par tranches. Les parts de nos revenus correspondant aux différentes tranches sont imposés selon un différent pourcentage.

Plus on monte haut dans les tranches, plus on est imposé.

Si je prends mon total imposable en micro-entreprise de 66 000€, et que j’applique les différentes tranches, on a donc quelque chose de cet ordre : 

  • Tranche 1 : 10 084€ imposés à 0% = 0€
  • Tranche 2 : Comme j’ai gagné plus que 25 710€, je remplis la tranche entière, soit (25 710 – 10 084) = 15 626€ imposés à 11% = 1 718,86€ d’impots à payer sur cette tranche.
  • Tranche 3 : Ici je ne remplis pas la tranche entière, mon revenu imposable est de 66 000€. Je prends donc en compte le montant imposable qu’il me reste dans cette tranche soit (66 000 – 25 710) = 40 290 imposés à 30% = 12 087€ d’impôts à payer sur cette tranche

Ce qui nous fait un total de 12 087 + 1 718,86 = 13 805,86€ d’impots à payer.

Si on ajoute à ça les 23% de charges sociales réglées tous les trimestres à l’URSSAF qui elles sont calculées sur le chiffre d’affaire total (soit 23% de 100 000€ = 23 000€), on retrouve notre somme de 37% de mon chiffre d’affaire qui revient à l’État (23 000 + 13 805 = 36 805€ soit environ 37% de 100 000)

Voilà, c’est la fin du petit encart de rappel 🙂

Ceci est un des indicateurs qui montrent que j’aurais bien mieux fait de changer de statut plus tôt au courant de l’année. Au moment où j’écris cet article je suis passé au statut de SAS, mais idéalement je l’aurais fait plus tôt.

D’autant plus que dès le mois de Juin, j’avais déjà fait 66 000€ de mon chiffre d’affaires.

Deux choses ont fait que je n’ai pas changé de statut dès cet été : 

  • Mon absence de suivi financier en bonne et due forme. Je n’avais aucun indicateur qui me permettait de prendre ce genre de décision, et je menais les choses à vue de nez depuis les montants dans mon compte bancaire (en prenant soin de mettre près de 50% de tout ce que je touchais dans un compte d’épargne en prévision de le rendre à l’État)

  • Le rythme effréné de mes lancements, qui ont fait que je n’avais aucune énergie disponible à offrir à une réflexion de fond sur mon statut et mes finances. Encore une fois, l’intensité de cette période m’aura valu de nouveaux inconvénients.

Ces deux éléments m’invitent maintenant à appuyer sur l’importance de ces outils de suivi financier pour tout indépendant, car comme dans mon cas cette année, cela peut nous éviter des moments de stress..

Réalité du stress financier, et l’importance du suivi

Comme dit précédemment, jusqu’à la fin de cette année je n’avais aucun outil de suivi en place pour réellement suivre les indicateurs financiers de ma petite entreprise. 

Oui j’avais un outil de compta où je voyais mon chiffre d’affaires, mes charges sociales, la TVA collectée et due, mais il me manquait d’autres indicateurs qui m’auraient bien aidé pour piloter les décisions que j’avais à prendre. 

Pour illustrer les choses, j’ai un souvenir très concret à vous partager.

Nous sommes début du mois de Novembre, à quelques jours d’un des évènements les plus importants de mon année : mon séminaire Excellence Marketing Indépendant.

Cette année, j’ai décidé de faire un grand pas en avant dans le niveau de production de cette expérience pédagogique virtuelle.

J’ai loué un grand studio pour une expérience très immersive, j’accueille plusieurs intervenantes rémunérées, j’ai une régie pour prendre soin de l’équipe (et de moi qui parle 10h par jour sur scène pendant 4 jours)…

Autant vous dire que cet évènement représentais un très grand investissement. Plus de 10 000€ au total.

Me voilà donc début du mois de Novembre, en train de faire un point sur mes chiffres. J’ouvre mon compte bancaire pro, et mon nouvel outil de suivi financier (merci à Sonia Leremboure et son accompagnement de structuration pour ça!) et je prends connaissance de trois choses :

  • Sur mon outil de suivi, je vois qu’en fin d’année je vais devoir règler 13 000€ d’impôts. Ce montant est calculé automatiquement depuis mon chiffre d’affaires en prenant en compte toutes les tranches. 
  • Je vois dans mon outil comptable, qu’en fin d’année je devrais encore reverser près de 10 000€ de TVA à l’état. Sans compter les charges sociales à l’URSSAF qui a l’époque étaient déjà aux alentours de 3000€ (nous étions en milieu de trimestre).
  • Dans mon compte bancaire, je vois que j’ai 17 000€ de côté dans mon compte d’épargne pour payer ce que je dois payer à l’état. Et je vois que j’ai 10 000€ dans mon compte courant.

Si vous avez bien suivi les chiffres depuis les 3 derniers paragraphes, peut-être que vous avez la même réaction que moi à l’époque..

Dans ma tête, c’était quelque chose de l’ordre de :

🤯 “Euh… je suis dans la merde là non ?”

Au total il était prévu que 36 000€ (10 000 + 13 000 + 10 000 + 3000) sortent de mon compte bancaire dans les prochains mois (sans compter le fait que j’ai d’autres charges que le séminaire, et puis peut-être songer à me payer un salaire aussi) alors que je n’avais que 27 000€ (17 000 + 10 000) de disponible dans ma trésorerie.

Autant vous dire que j’étais dans un état mental très perplexe.

D’une part je n’ai jamais eu autant d’argent “dormant” dans ma trésorerie de toute ma carrière. Et en même temps il n’y a pas un seul euro de cet argent qui m’appartient réellement.

Je ne pouvais pas décemment annuler le séminaire, tout était en place, j’avais payé des acomptes, les tickets étaient vendus. 

J’avais un peu l’impression d’être face prit dans une impasse, avec les murs qui me tombent dessus.

Mon propos ici n’est pas de vous raconter comment je sors de cette impasse, mais plutôt de vous faire prendre conscience de la réalité financière derrière les gros chiffres. 

On ne m’a jamais appris à gérer de grandes sommes d’argent. Ma famille n’a jamais reçu de pédagogie financière, et donc moi non plus. J’apprends sur le terrain, de mes erreurs (comme celle-ci), et laissez-moi vous dire que ça génère un certain stress.

Alors voici ma réalité cette année : j’ai fait 100 000€ de CA, mais je suis en déficit. J’ai encore aujourd’hui des fonds à récupérer (environ 7 000€) pour pouvoir payer l’Etat au mois de mai quand il faudra payer mes impôts.

C’est assez fou de se dire ça non ? 

Qu’on peut à la fois générer énormément d’argent et avoir un compte bancaire rempli ET en réalité être moins bien loti qu’avant d’avoir investi tout ce travail.

Évidemment que si j’avais mieux suivi ces chiffres, au-delà du montant dans ma trésorerie, je n’aurais pas subi ce stress. C’est la raison pour laquelle ça me semble indispensable de vous partager cet apprentissage clé de l’importance du suivi financier.

Je vous invite notamment à suivre les indicateurs suivants : 

  • Votre chiffre d’affaires : tout l’argent qui rentre.

  • Les cotisations sociales : en général, 23% du CA à reverser à l’URSSAF. Mettez-les dans un compte séparé à ne toucher que pour payer.

  • Le montant estimé de vos impôts : utilisez les tranches pour calculer régulièrement vos impôts estimés et mettez-les dans un compte séparé de votre trésorerie pour plus tard.

  • Vos charges totales (et le % que ça représente de votre CA) : la somme de tout ce que votre entreprise dépense

  • Votre bénéfice : votre CA – vos charges. C’est ce qui reste pour de vrai.

Tout ça vous aidera à prendre des décisions plus éclairées pour gérer votre argent.

Avant de conclure ce retour d’expérience, j’avais quand même envie d’ouvrir un questionnement important en lien avec ces réflexions que je vous partage.

Quel développement pour mon entreprise ?

Avec la croissance que j’ai connu cette année, je me suis posé beaucoup de questions sur la forme que prenait mon entreprise et la suite que je souhaitais lui donner.

Cette année, j’avais pour objectif de faire ces fameux 100 000€ de chiffre d’affaires. 

Mais ce dont je n’avais pas encore conscience à l’époque, mais qui me semble tellement évident aujourd’hui, c’est l’immense diversité des manières d’arriver à cet objectif. 

Je ne parle pas tant ici de stratégies marketing pour vendre, mais plutôt de décisions structurelles pour votre activité.

Je m’explique, avec un cas d’usage, qui concerne un indépendant (fictif) qui effectue des prestations de conseil et de services en référencement sur les moteurs de recherche.

Disons qu’il travaille avec des marques de mode éthique pour les aider à se positionner sur Google et qu’actuellement son activité lui rapporte 50 000€ de CA.

Pour la faire tourner, pas besoin de grand-chose : son ordinateur, un bureau dans un coworking, et quelques outils, pour au total 5 000 € de charges annuelles.

Cette année, il veut doubler son CA pour toucher les 100 000€, mais son carnet de commandes est plein, rempli à bloc, et il n’a plus de temps disponible.

Comment il peut faire ?

Une voie qu’il pourrait suivre, c’est celle de “il me faut plus de clients” qui nécessite donc de libérer du temps pour réaliser ces missions. Il pourrait donc recruter et déléguer certaines choses pour avoir plus de temps pour faire plus de missions.

D’ailleurs s’il a déjà de la demande, ça peut aller très vite !

Dans cette voie le chiffre d’affaires va grossir (potentiellement rapidement), mais les charges et les dépenses également. Évidemment l’idée c’est que le CA se développe plus vite que les charges, mais les charges grossissent quand même.

S’il atteint son objectif, il aura 100 000€ de CA, mais potentiellement aussi 35 000€ de charges du fait d’avoir recruté une équipe.

Il passe d’une activité avec 45 000€ de bénéfices (50 000 – 5 000), à une activité avec 65 000€ de bénéfices (100 000 – 35 000).

En apparence, c’est une situation “meilleure” n’est-ce pas ? 

Mais c’est ici qu’une vraie question se pose.

Est-ce qu’on veut réellement faire grossir son entreprise en faisant grossir les charges et les dépenses ?

Sachant que plus on structure en déléguant, plus on crée des flux financiers qui dépendent du fait d’avoir une équipe, plus on se rajoute une charge où il devient nécessaire de générer plus de chiffre d’affaires pour subvenir à ces dépenses qui deviennent structurelles au bon fonctionnement de l’entreprise.

Là où notre indépendant pouvait auparavant se contenter de générer seulement 5 000€ de CA pour payer ses charges annuelles et être “dans le vert”, maintenant il doit générer 35 000€ pour ça.

Cette forme de “dépendance financière” de la structure de notre entreprise est un des inconvénients potentiels du fait de générer plus d’argent. Ça ne veut pas dire que c’est une mauvaise idée, ou une mauvaise chose. C’est sûrement d’ailleurs la voie que je vais prendre car elle présente aussi des avantages.

Ce que je veux illustrer avec cet exemple c’est de nouveau l’importance d’équilibrer nos perceptions et de choisir nos axes de développement avec les avantages ET les inconvénients en tête.

Est-ce que je suis prêt à subir l’inconvénient de cette pression financière supplémentaire en déléguant pour pouvoir arrêter de faire certaines tâches ?

Est-ce que je suis prête à accepter que je ne peux pas mettre mon activité en pause pendant 3 mois pour aller faire du woofing et expérimenter un mode de vie complètement différent ?

À mon sens c’est là que se trouvent les questions les plus importantes à nous poser quand on pense le développement de nos entreprises : quels sont les inconvénients que je suis prêt à accepter pour atteindre mes objectifs ?

La réalité c’est qu’il y a des milliards de manières de développer et structurer notre entreprise. Autant que de personnes qui entreprennent ce fascinant chemin d’exploration entrepreneuriale.

Je crois qu’il serait pertinent que l’on se questionne un peu moins sur “comment je fais grossir mon CA ?”, et un peu plus sur “Comment je me développe d’une manière alignée et équilibrée pour moi et la vie que je veux vivre ?”.

Acceptons que toute chose prend du temps, et prenons conscience qu’avancer pas à pas nous mènera plus loin que de courir un marathon au rythme d’un sprinteur.

Je suis convaincu que nous serons tous et toutes plus épanouis sur le chemin.

NB : C’est la première fois que je partage aussi publiquement mes chiffres, j’espère que ça vous a plu d’avoir un vrai regard sur les coulisses. J’estime que ce genre de contenu est de la plus haute importance pour équilibrer nos perceptions sur ce sujet qui peut être “touchy” pour beaucoup de personnes. 

Je tiens tout de même à dire que malgré le titre de cet article, j’ai passé une des plus belles années de ma vie, et que je me sens pleinement heureux et épanoui de débrouissailler le chemin de l’indépendance pour toi qui me lis et cette merveilleuse communauté. 

Faire des erreurs fait partie de mon chemin pour ça, et quelque part je suis heureux de m’être trompé cette année. Cet article n’existerait pas si j’avais tout bien fait correctement. Je continuerai donc de me casser la gueule avec beaucoup de plaisir pour pouvoir vous le raconter ensuite. 

On avance ensemble, 

Thomas Burbidge

Thomas Burbidge

Un grand merci pour votre lecture, bravo d'être arrivé au bout de cet article !

Si j’adore prendre le temps d’écrire ces articles de fond qui retracent des leçons que je juge importantes pour tout indépendant, clairement ce n’est pas la chose que je fais le plus régulièrement pour vous partager ce genre de savoirs.

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Faire le point sur son activité d’indépendant

J’ai rassemblé dans un workbook 30 questions qui te permettront de faire le point sur ton aventure et identifier les prochains aspects à privilégier pour avancer dans ton activité.

 

30 questions pour les freelances